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Journée d'études – Représenter le Roi en Espagne (1969-2021) : Une légitimité sur la sellette

Publié le 8 mars 2021 Mis à jour le 8 mars 2021

François Malveille, Professeur de Civilisation de l'Espagne contemporaine et co-directeur du CRIIA, organise la Journée d'études « Représenter le Roi en Espagne (1969-2021) : Une légitimité sur la sellette »

Date(s)

le 18 juin 2021

 

Représenter le Roi en Espagne (1969-2021) : Une légitimité sur la sellette

 
 
Journée d’étude en visioconférence
Vendredi 18 juin 2021
 
La légitimité est le statut que l’on accorde à une domination qui semble normale et justifiée. Elle suppose l’existence d’un consentement chez ceux qui s’y soumettent. Pour ce qui est de l’Espagne, la question de la légitimité du roi est très importante depuis 1969. Dès lors, la confiance et l’image sont des indicateurs de l’état de ce consentement.

Durant les 50 dernières années, depuis sa désignation en tant que successeur de Franco jusqu’à l’époque actuelle marquée par le scandale de l’Ave, le roi Juan Carlos 1er (et sa famille) est apparu des milliers de fois dans les médias. Les livres, les journaux, la télévision ont produit des représentations diverses, certaines très contrôlées, d’autres beaucoup moins. On se souvient des unes de El Jueves en 2007 et 2014. On se souvient aussi du programme Audiencia abierta proposé par TVE depuis le 13 octobre 2012. Des revues telles que ¡Hola! et Lecturas ont véhiculé des signes spécifiques. C’est le roman photo de la famille royale qui apparaît ainsi au fil des années.

Les médias ont construit et véhiculé ces représentations marquées par différents points de vue. Le sobriquet de Juan Carlos el Breve a précédé l’idéalisation de la Transition, avec l’idée d’une certaine habileté (On se souvient de la couverture du livre El Piloto del cambio de Charles Powell qui reprenait la une de Cambio 16 en juin 1976 dansant comme Fred Astaire).

Depuis quelques années, des représentations critiques côtoient des représentations flatteuses voire complaisantes. Une partie importante des médias semble avoir détourné le regard des questions qui fâchent, notamment, la corruption. C’est ce que souligne Ignacio Escolar dans eldiario.es avant d’affirmer «Los que hicieron del juancarlismo un principio editorial y que han tenido que reconocer que el monarca no era aquel rey honesto que retrataron durante décadas ahora se aferran al felipismo para subrayar que lo importante es fortalecer la institución.» Cette adhésion a produit des représentations souvent marquées par le côté « campechano ». Entre les représentations parfois insultantes et celles manifestement complaisantes, le roi Juan Carlos apparaît comme étant un sujet très particulier. Loin semble le temps où Juan Luis Cebrían pouvait affirmer qu’il était le roi de tous les Espagnols, y compris les Espagnols républicains en 1977.

Entre vie privée, argent, affaires et questions politiques, ces représentations contribuent à forger une représentation collective dont on a pu mesurer l’adhésion dans les baromètres du CIS (Centro de Investigaciones Sociológicas) quand la question de la confiance en les institutions était encore posée très régulièrement dans les baromètres. La question des enquêtes d’opinion sur la monarchie a fait l’objet d’un dessin explicite d’Eneko dans Público. L’enquête devient une guillotine, un signe associé à la révolution française, une façon radicale de mettre un terme à la monarchie.

En somme, ces représentations sont le lieu d’un choc entre les soutiens de la monarchie et ses détracteurs. Derrière ce conflit de représentations, se pose la question de la pérennité de ce que certains appellent le « régime de 1978 ». Confronter ces représentations discordantes et étudier leur chronologie permet de comprendre ce qui a bougé à ce propos dans la société espagnole depuis 1978. C’est bien la question de la légitimité qui est posée par ces multiples représentations qui oscillent entre l’adhésion et le rejet. Le dessinateur Ricardo Peregrina détournait ainsi une expression pour exprimer l’envie de tourner la page : « Borbón y cuenta nueva. » On peut ainsi se demander dans quelle mesure ces représentations ont pu contribuer à la légitimation ou à la délégitimation de la monarchie en Espagne. On peut aussi interroger les décisions éditoriales qui ont permis la publication de tel ou tel type de représentation. Il s’agit en somme d’évaluer le spectre des représentations de la monarchie et de ses représentants depuis 1969 pour prendre en compte la relation entre cette institution et les différents médias en Espagne.


Cette journée d’étude aura lieu en visioconférence - vendredi 18 juin 2021

Contact et inscription pour recevoir le lien de la visioconférence : François Malveille f.malveille@parisnanterre.fr
 

Mis à jour le 08 mars 2021